Les émotions font partie intégrante de notre vie psychique. Pourtant, beaucoup de personnes expriment le souhait de « ne plus être affectées » par leurs émotions, en particulier lorsqu’elles sont envahissantes, douloureuses ou difficiles à gérer. Stress, colère, tristesse, anxiété… Certaines réactions émotionnelles semblent prendre toute la place et influencer nos décisions, nos relations et notre bien-être.
Alors, est-il réellement possible de ne plus être affecté par ses émotions ? Et surtout, est-ce souhaitable ? Cet article vous propose un éclairage psychologique pour mieux comprendre le fonctionnement émotionnel et apprendre à développer une relation plus apaisée avec vos ressentis.
Comprendre le rôle des émotions : un signal, pas un problème
Avant de chercher à ne plus être affecté par ses émotions, il est essentiel de comprendre leur fonction.
Les émotions ne sont pas des faiblesses. Elles constituent un système d’alerte sophistiqué. La peur nous protège du danger. La colère signale une limite franchie. La tristesse nous aide à intégrer une perte. La joie renforce nos comportements bénéfiques.
D’un point de vue psychologique, une émotion est une réaction automatique face à une situation perçue comme significative. Elle mobilise :
• des réactions physiologiques (rythme cardiaque, respiration),
• des pensées associées,
• des impulsions comportementales.
Ce n’est donc pas l’émotion en elle-même qui pose difficulté, mais la manière dont nous la vivons, l’interprétons et y réagissons.
Pourquoi certaines émotions nous affectent-elles autant ?
Certaines personnes se décrivent comme « hypersensibles » ou « trop émotives ». En réalité, plusieurs facteurs peuvent expliquer une forte réactivité émotionnelle :
1. Les schémas cognitifs
Nos expériences passées influencent notre manière d’interpréter les situations présentes. Une critique peut être vécue comme un simple retour constructif… ou comme une remise en question profonde de sa valeur personnelle.
2. Le stress chronique
Un niveau de stress élevé réduit notre capacité de régulation émotionnelle. Le système nerveux reste en état d’alerte, ce qui amplifie les réactions.
3. Le manque d’outils de régulation
La régulation émotionnelle n’est pas toujours enseignée. Beaucoup d’adultes n’ont jamais appris à identifier, accueillir et transformer leurs émotions.
Ainsi, vouloir « ne plus être affecté » revient souvent à vouloir ne plus souffrir de l’intensité émotionnelle — et non à supprimer les émotions elles-mêmes.
Faut-il vraiment chercher à ne plus être affecté par ses émotions ?
D’un point de vue psychologique, l’objectif n’est pas l’absence d’émotion, mais la capacité à ne pas en être submergé.
Supprimer ses émotions conduit souvent à :
• l’évitement,
• la somatisation (le corps exprime ce qui n’est pas exprimé),
• des réactions différées plus intenses.
À l’inverse, développer une meilleure régulation émotionnelle permet :
• de ressentir sans être débordé,
• de répondre plutôt que réagir,
• de maintenir son équilibre intérieur.
Il s’agit donc de transformer sa relation aux émotions, et non de les éliminer.
Comment ne plus être submergé par ses émotions ? 5 leviers psychologiques
1. Identifier précisément l’émotion
Mettre des mots sur ce que vous ressentez réduit déjà son intensité.
Dire « je ressens de la frustration » est plus précis et apaisant que « je ne vais pas bien ».
La recherche montre que l’étiquetage émotionnel active des zones cérébrales impliquées dans la régulation.
2. Différencier émotion et interprétation
Une émotion est une réaction automatique.
La pensée qui l’accompagne est une construction mentale.
Exemple :
• Émotion : tristesse
• Pensée associée : « Je ne suis pas à la hauteur »
Apprendre à questionner ses pensées permet de diminuer l’impact émotionnel.
3. Réguler par la respiration et le corps
Le corps est la porte d’entrée la plus rapide vers l’apaisement.
Une respiration lente et profonde (inspiration sur 4 temps, expiration sur 6 temps) active le système nerveux parasympathique, responsable du calme.
Des pratiques comme l’autohypnose, la relaxation ou la pleine conscience permettent également d’accéder à un état interne plus stable.
4. Développer une posture d’observateur
Une compétence clé en psychologie est la capacité à observer ses émotions sans s’y identifier totalement.
Au lieu de penser :
« Je suis anxieux »
On peut apprendre à se dire :
« Je remarque la présence d’anxiété en moi »
Ce léger déplacement favorise la distance émotionnelle et diminue le sentiment d’envahissement.
5. Travailler ses schémas profonds
Certaines réactions émotionnelles répétitives trouvent leur origine dans des croyances anciennes :
• « Je dois être parfait »
• « Je ne suis pas assez bien »
• « Les autres vont me rejeter »
Un travail thérapeutique ou introspectif permet de modifier progressivement ces schémas et d’apaiser les réactions émotionnelles associées.
L’autohypnose : un outil efficace pour mieux gérer ses émotions
L’autohypnose constitue une méthode particulièrement intéressante pour apprendre à ne plus être débordé par ses émotions.
En induisant un état de concentration intérieure et de relaxation profonde, elle permet :
• de diminuer l’intensité physiologique des émotions,
• de modifier les représentations mentales associées,
• de renforcer la sécurité intérieure.
Pratiquée régulièrement, elle aide à développer une stabilité émotionnelle durable et une meilleure confiance en sa capacité à faire face aux situations difficiles.
Accepter plutôt que lutter : un changement de perspective essentiel
Plus nous luttons contre une émotion, plus elle tend à s’intensifier.
À l’inverse, l’acceptation — qui ne signifie pas résignation — permet une transformation progressive.
Accueillir une émotion, c’est reconnaître sa présence sans jugement. C’est lui laisser l’espace nécessaire pour s’exprimer… et naturellement se réguler.
Ce processus demande de l’entraînement, de la patience et de la bienveillance envers soi-même.
Conclusion : ne plus être affecté, ou apprendre à être libre intérieurement ?
La véritable liberté émotionnelle ne consiste pas à ne plus rien ressentir. Elle consiste à pouvoir ressentir pleinement, sans être dominé par ses émotions.
En développant vos compétences de régulation émotionnelle — par la compréhension, l’observation, la respiration, l’autohypnose ou un accompagnement psychologique — vous pouvez progressivement transformer votre relation à votre monde intérieur.
Vos émotions ne sont pas vos ennemies.
Elles sont des messages.
Apprendre à les écouter avec discernement est une étape essentielle vers un équilibre durable.
